Une étude de l'UBS parue ces jours tire la sonnette d'alarme: les gens deviennent trop vieux en Suisse. C'est inévitable, la productivité va chuter.

La grande banque propose différentes mesures pour atténuer l'impact de ce qui leur apparait comme une catastrophe – comprenez, un avenir qui échappe à la logique des institutions bancaires.

Il faudra hausser l'âge de la retraite, importer massivement des travailleurs des pays sous-développés et surtout, dé-lo-ca-li-ser. Faire faire le boulot là où on paie encore la main d'oeuvre au lance-pierres.

Fiers de leurs oeuillères, ces banquiers démontrent que pour eux, la seule alternative d'avenir possible est la poursuite de la croissance économique, quel qu'en soit le prix pour l'humanité impliquée.

Rien de nouveau: les institutions bancaires sont d'énormes machines à faire du fric et à l'acheminer dans les poches d'une élite qui en a déjà tellement qu'elle ne sait plus qu'en faire, sinon le faire travailler pour en avoir encore plus.

Ces élites sont elles-mêmes des machines: elles obéissent sans faillir à la logique prédatrice*, un programme qui fonctionne à plein régime depuis des milliers d'années.

En d'autres termes, cette planète est prise au piège d'une logique tellement ancienne et dominante qu'elle a contaminé notre intelligence et paralysé notre capacité d'abstraction. Il semblerait pourtant évident de questionner les fondements d'une vision du monde qui a produit tant de misère durant des millénaires et qui continue de plus belle. Et bien non, ça serait un blasphème...

Ou plutôt, un défaut de perception. Au début des années 60, le père de l'anti-psychiatrie Ronald Laing écrivait:

L'étendue de ce que nous pensons et faisons
Est limitée par ce que nous ne remarquons pas.
Et parce que nous ne remarquons pas
Que nous ne remarquons pas
Nous ne pouvons pas faire grand chose pour changer
Jusqu'à ce que l'on remarque
Comment ne pas remarquer
Modèle nos pensées et nos actes.

Cela dit, les milieux financiers sont fondés sur les mêmes défauts de perception et démontrent brillamment cette maladive incapacité à percevoir au dehors de la bulle.

Par conséquent, les banques ont raison de s'inquiéter, mais pas pour les raisons qu'elles supposent. Simplement, une multiplication de grains de sable commencent à perturber une mécanique que beaucoup considèrent encore inébranlable.

Tout d'abord, l'illusion de la croissance éternelle supporte toujours plus mal la réalité des faits: le nombre de ressources est limité sur cette planète. Sa capacité de régénération atteint rapidement un plafond, spécialement lorsqu'on la traite comme nous le faisons actuellement.

Le nombre d'êtres humains ne peut pas croître indéfiniment, spécialement lorsque ceux-ci ont comme principales activités l'annexion des territoires de leurs semblables et des autres espèces et l'éradication de la diversité biologique.

Le gouffre entre richesse et misère ne peut pas se creuser indéfiniment, sans qu'éclatent des révolutions et des insurrections d'une importance comparable aux déséquilibres qui les ont provoquées.

La liste est longue. Le phénomène est global, interactif: chaque crise accentue toutes les autres. Ces situations font partie des événements connus, étudiés et donc prévisibles.

D'autres facteurs de "perturbation" du système sont bien moins connus, bien moins prévisibles. Lorsqu'un système est saturé, il produit immanquablement des anomalies. En d'autres termes, des informations étrangères au système (provenant d'au-delà de la bulle) commencent à en modifier la nature.

Cherchez les anomalies: c'est en elles que réside non seulement notre survie, mais notre évolution et notre accomplissement futur. Cherchez les anomalies dans la politique internationale, observez les roitelets du monde s'auto-saboter à force d'ignorance et d'arrogance. Constatez la course en avant de l'économie, orchestrant aveuglément son effondrement. Intéressez-vous aux recherches scientifiques de pointe. Certaines parties dormantes de l'ADN commenceraient-elles à se réactiver?

Et surtout, cherchez les anomalies dans votre propre conscience. Elles abondent. Observez particulièrement les signes d'effritement de votre loyauté vis-à-vis des différents systèmes de croyance dominants: travail, famille, patrie, autorités terrestres ou célestes. Le paradigme dominant n'arrive plus à séduire.

N'en déplaise aux statisticiens de l'UBS, l'avenir ne sera ni comptabilisable, ni prévisible, ni normal.

* Pour en savoir plus sur la logique prédatrice, allez visiter l'exposition virtuelle "Sortir de l'histoire".