Comment s’en protéger ?

pc

En 1992, j’ai passé un mois en prison pour avoir refusé d’accomplir la protection civile. Pour ceux qui ne connaissent pas, la Protection Civile (PC) est une organisation fédérale quasi-militaire crée aux lendemains de la deuxième guerre mondiale pour protéger la population contre les catastrophes politiques ou naturelles. Elle comprend une obligation de servir pour ceux qui n’accomplissent pas d’armée, ou qui ont fini l’armée mais n’ont pas atteint la cinquantaine.

En 1989, j’avais simplement quitté le cours, incapable de supporter plus longtemps un tel abêtissement. J’avais ensuite rapidement communiqué un dossier à la direction genevoise de cet organisme, dans lequel j’exprimais d’une part les raisons de mon refus de servir, et où je proposais d’autre part d’accomplir mes jours de service obligatoire en faisant une étude de l’organisation et des améliorations à lui apporter : je suis consultant de profession. Refus poli, tribunal, trente jours de peine et exclusion de la PC. Depuis, cet organisme a vécu des crises importantes.

Fondamentalement, la santé d’une population ne se décide pas dans les bureaux d’une administration, mais dans la conscience et le coeur de chacun d’entre-nous. Mais aujourd’hui, écrivais-je en 1989, notre conscience est polluée par une impressionnante gamme de peurs. Les jugements sont faussés et l’intelligence, pervertie, est presque devenue imperméable au bon sens.

Raison pour laquelle je fais référence dans ce document à des qualités humaines apparemment très éloignées des préoccupations de nos administrations. Je souhaite montrer que dans sa conception et son organisation actuelles - mis à part sa nouvelle formule genevoise - la PC est non seulement inefficace, mais qu’elle pourrait bien comporter des effets pervers qui affaiblissent son organisation et sa raison d’être. Dans le rapport ci-après, j’affirme certaines évidences oubliées, relève les abberrations de la PC et suggère des alternatives sensées et motivantes. En fait, cette réflexion dépasse largement le cadre de la Protection Civile. J’espère qu’elle pourra contribuer à retrouver un peu de bon sens...

Bien sûr, ce document est un résumé de mes réflexions à ce(s) sujet(s). Je suis disponible pour tout entretien ou autre développement.

Merci de votre intérêt. Alain-Yan Mohr, novembre 1992

Ce document à été envoyé aux instances dirigeantes de la PC et à la presse.
Coupure de presse relatant l’événement en fin d’article.

 

Dossier

La gravité est le bonheur des imbéciles. Montesquieu 
Je ne crois pas en la sagesse collective de l’ignorance individuelle. T. Carlyle 

Il faut un esprit exceptionnel pour analyser ce qui est évident. A.N. Whitehead

 

Orientation

Nous avons besoin d’une protection civile. Non seulement les risques de catastrophe existent, mais ils sont encore accentu és par la technologie et les transformations que l’homme fait subir à l’environnement. de plus, les conflits ethniques et idéologiques sont à la mode. Il est non seulement légitime, mais souhaitable qu’une population soit organisée pour faire face à de tels événements.

Mais cela n’est pas suffisant. La protection d’une population contre les catastrophes ou les envahisseurs ne devrait être que des aspects mineurs d’une conception globale de sécurité. L’organisation de la sécurité du peuple suisse repose presque exclusivement sur une logique de réaction aux circonstances.

Pourtant, il semble évident qu’une population tapie derrière ses craintes est beaucoup plus vulnérable qu’une population déterminée à créer les conditions de son harmonie. L’armée et la Protection civile coûtent chaque année des millards à la collectivité, mais il n’existe à ce jour aucun proframme de l’ampleur de la PC (ou de l’armée) pour encourager la responsabilité individuelle et la création d’harmonie.

Mais quelle réalité encourageons-nous ?

A mon avis, l’ignorance et l’apathie quasi générale de la population et des instances dirigeantes à l’égard des choix de réalité représentent un danger bien plus grand que les catastrophes naturelles ou les conflits ethniques : elles leur servent de terreau.

Enrayer la famine de l’esprit

Pour s’épanouir, l’esprit a besoin de beauté, de liberté et de SENS. Aujourd’hui, ces qualités se font de plus en plus rares dans notre environnement. Au point que les crises se multiplient, comme autant de sonnettes d’alarme. mais il est impossible de guérir la soif d’authenticité avec des anti-dépresseurs. Dans l’ensemble, notre société semble aveugle à cette évidence. L’essentiel de nos efforts est investi pour nier et réduire au silence les plus naturels de nos besoins : vivre, jouir, s’épanouir librement, mourir et renaître à soi-même, exprimer la beauté...

Je ne fais pas dans l’eau de rose : des milliards de francs sont d épensés chaque année dans notre seul pays pour compenser cette absence de sens et de beauté, aliments primordiaux de l’être humain. Considérez simplement le coût de la maladie (ce que des esprits pervers ont appelé "coût de la santé"), de l’armée, de l’appareil judiciaire, des programmes sociaux, etc. Tout est à l’envers, distordu, malade. A mon avis, aucune démarche politique, sociale ou individuelle n’est cohérente tant qu’elle n’accorde pas une importance concrète et fondamentale à ces nourritures de l’être que sont le sens, la beauté et la liberté. La négation de ces qualités entraîne la maladie, la peur, l’anésthésie de l’esprit et tout le cortège des problèmes qui en découlent.

A cet égard, nos structures et institutions font preuve d’un aveuglement, d’un entêtement dans l’absurde et d’une ignorance qui mettent la collectivité en danger. La Protection Civile en est un exemple parlant. Son esprit, ses axiomes de base, son organisation et ses responsables sont l’incarnation des éléments qu’il faut réunir pour faire sombrer une civilisation. Si ces propos vous semblent exagérés, c’est que vous êtes déjà contaminé(e).

La conception actuelle de la Protection Civile : une catastrophe ! 

La bureaucratie défend le satus quo longtemps après que le quo ait perdi son statut. L-Peters

Telle qu’elle est conçue, la Protection Civile est un rejeton des peurs de 1939-45, et en ce sens, elle représente une affirmation systématique des peurs de cette dernière guerre. La PC fait une promotion active de ces peurs. Elle a beaucoup trop tendance à agiter le spectre des catastrophes pour justifier son existence.

La Protection Civile est nécessaire. Mais il faut qu’elle constitue le complément, qu’elle soit la soeur jumelle d’un autre organisme dont la mission soit d’encourager la création d’harmonie. Autrement, il lui manque un élément essentiel de sa cohérence, ce qui la rend malsaine et bancale.

Je précise que j’apprécie à sa juste mesure la réforme genevoise de la PC. Il s’agit là d’une oeuvre de... pionnier. J’espère vivement que les autres cantons sauront s’en inspirer. Toutefois, les critiques que je formule envers la PC en général s’appliquent probablement aussi en partie à l’organisation genevoise : le mal est profond.

A sa création, la Protection Civile procédait d’intention charitables. Mais dès le départ, peu importe leurs intentions, les concepteurs de la PC ont érigé un vaste organisme autour de leurs craintes, ignorant superbement qu’au niveau individuel comme au niveau collectif, les espoirs et les craintes ont une tendance naturelle à se réaliser, suivant en cela les mécanismes de l’esprit.

Bien des critiques ont déjà été formulées envers la Protection Civile, et je ne veux pas en faire une liste complète. Je souhaite simplement donner quelques exemples et souligner combien le manque de vision a dévalorisé cet organisme. Dans sa forme et son organisation actuelle, la PC est devenue une injure pour l’être humain.

Elle encourage la peur et l’isolement, renforce le cercle vicieux de crainte et de sécurité et accentue l’égoïsme latent du citoyen. Elle ne possède pas le cadre de référence lui permettant d’être constructive et axée sur la vie. C’est un gouffre d’inertie : si c’était une entreprise privée, elle aurait fait faillite depuis longtemps. C’est un monument d’innefficacité dirigé par des gens sans vision, bien sanglés dans leurs rôles et uniformes. Les responsables de la PC tiennent leurs fonctions pour acquises. Ils ont oublié qu’ils sont au service du contribuable. Pire, ils sont scandalisés si le citoyen ose remettre leurs activités en question. Comment pourrait-il en être autrement, ils n’ont d’autre logique que la protection, aucune perspective enthousiasmante.

La Protection civile est un des bastion de l’esprit fonctionnaire. Son organisation transpire l’armée. Sous prétexte de protéger une population, l’administratzion oblige le citoyen à servir, le menaçant de oprison s’il le faut. Intégrée dans une politique créative, la PC refuserait du monde.

L’appareil administratif souffre d’éléphantiasis. Il est aveugle, rigide et abêtissant. L’obcession du détail logistique va jusqu’à éclipser la raison d’être de l’organisme. Lorsque l’on perd de vue ses idéaux (en admettant que l’on en aie), on se rabat sur les méthodes et les processus. Mais sans buts, ils deviennent inutiles. Beaucoup de gens deviennent cyniques parce qu’ils n’ont rien trouvé à aimer.

Il existe peu d’expériences aussi ennuyeuses et démobilisantes que les cours de la Protection Civile. Par un curieux hasard, on s’y ennuie à mourir. Pas trace de l’enthousiasme qui devrait aller de pair avec le sentiment de faire oeuvre utile. Le système pédagogique est inopérant, nul, démotivant au possible, repoussant pour l’esprit. Réaction natuelle, car l’esprit s’émousse vite en l’absence de perspectives de mieux-être.

En résumé, la Protection Civile est en train de dépérir par manque d’âme. Ci-dessous, je suggère quelques avenues de développement qui permettraient à cette organisation et à d’autres départements fédéraux de gagner en cohéérence et d’enfin acquéérir une réelle crédibilité.

Pour protéger une population, il faut avant tout encourager la vie... 

L’ennui à notre époque, c’est qu’il y a énormément de panneaux indicateurs mais pas de destination. L. Kronenberger

Nous avons une armée, une Protection Civile, une Administration Fédérale, des départements fiscaux, des assurances, mais il n’existe aucune institution de même importance qui encourage la population à créer les conditions de son harmonie. Il n’existe à ce jour aucun programme de l’ampleur de la PC (ou de l’armée) pour encourager la responsabilité individuelle et la création d’harmonie.

Le citoyen est astreint à l’armée, à la protection civile, il est tenu de payer des assurances maladie, des caisses de retraite, des appareils administratifs gargantuesques. Il fait les frais de politiques absurdes. Il n’y a pas d’alternative et l’administration brise les individus qui refusent ses diktats. Ensuite, on s’étonne du manque de sens, de la démission intérieure et de l’irresponsabilité de l’individu.

Dans quel avenir investissons-nous ?

La protection Civile, l’armée et les institutions fédérales sont incomplètes. Il leur manque un organisme parall èle, doté d’un budget au moins équivalent à celui de l’armée, dont la fonction serait de promouvoir et d’encourager la création de beauté, d’harmonie, de liberté et d’accomplissement de valeurs intérieures.

C’est un élargissement pur et simple de la notion de prévention :

"Toute personne qui étudie l’épanouissement et la chute des cultures ne peut manquer d’être impressionnée par le rôle que les images de l’avenir jouent dans l’histoire. La floraison et la chute des images précède la floraison et la chute des cultures. Tant que l’image d’une société est florissante et positive, la fleur de sa culture est en plein épanouissement. Mais lorsque l’image commence à flétrir et à perdre de sa vitalité, la culture ne survit plus longtemps." Fred Polak, Rise and Fall of Civilizations

Tant que l’on ignorera la dimension humaine du "citoyen", aucune réforme de la Protection Civile - ou d’une autre structure fédérale - n’aura de chance de déboucher sur un concept sensé, durable et constructif auquel l’individu puisse pleinement adhérer.

En fait, les grands problèmes auxquels se heurtent les personnes chargées de réformer la PC - et les autres grandes institutions nationales - c’est qu’ils travaillent à partir de cadres de référence trop restreints, inanimés. La couleur des salopettes ou la marque des masques à gaz n’ont pas d’importance. Une fois intégrée dans un contexte plus vaste, la PC prendrait un nouveaux sens et sa réforme deviendrait aisée et rapide. Logistiquement parlant, la nouvelle formule genevoise de la PC en donne la preuve. Il ne lui manque plus que son organisme complémentaire...

Quelles seraient les grandes lignes d’un tel organisme ? La misson d’un tel organisme pourrait être articulée ainsi :

Encourager et favoriser l’épanouissement de l’être humain, dans sa réalité matérielle, relationnelle et spirituelle, en faisant la promotion de la confiance, de la beauté, de l’amour, de la santé globale et de la liberté.

Et son action :

Oeuvrer à l’émergence d’une société de haute synergie.

Dans un peu plus de détails, cela comprendrait par exemple :

Etudier, planifier et mettre en place des systèmes d’encouragement à la respoinsabilité et à l’éthique individuelles. C’est un domaine uniquement limité par l’imagination. Par exemple :

Transformer le système de taxation afin d’encourager ceux dont les activités ont un caractère constructif pour la collectivité et taxer lourdement ceux qui tirent essentiellement profit de la collectivité.

Encourager la responsabilité de l’individu dans le domaine de la santé, de la création d’emploi, de l’autonomie et de la création d’harmonie dans son environnement.

Etudier et mettre en place la réforme des institutions pour qu’elles encouragent la liberté, la responsabilité individuelle, la création de beauté et l’accomplissement de valeurs "spirituelles". (Doit-on le rappeler ? Actuellement, nos institutions encouragent l’obéissance aveugle, la cupidité, la dépendance et l’irresponsabilité de l’individu.)

Eduquer à, promouvoir et favoriser la conscience éveillée

Apprendre à utiliser intelligemment la pensée, à comprendre les mécanismes de création de la réalité individuelle et collective, développer la responsabilité individuelle, mettre en relief les interelations entre tous les phénomènes. (Il est prioritaire d’apprendre aux gens à penser harmonieusement, et non à constituer des stocks de masques à gaz.)

Promouvoir la vérité intérieure (on appelle aussi cela honnêteté) comme principe de fonctionnement.

Encourager la simplicité volontaire

Mais aussi :

Collaborer avec d’autres secteurs sociaux à titre consultatif, toujours pour encourager les qualités ci-dessus.

Encourager activement la recherche et la mise en place de sources d’énergie non polluantes et d’énergie libre, tant au niveau des industries que des individus.

Développer des programmes de prévention dans le domaine de la santé, dans le cadre professionnel et individuel, en tenant compte de la réalité psychique de l’individu et de son besoin de sens.

Encourager l’assainissement de notre environnement, la recherche de nouveaux systèmes d’urbanisme, etc.

Etc.

Il existe des instituts pour la paix et des propositions pour une politique de paix active ont déjà été formulées. Mais en général, ces organismes manquent d’imagination. Il s’agit de créer quelque chose de radicalement nouveau, d’une autre dimension. Selon le dictionnaire, la paix est "l’absence de guerre". Cela illustre bien notre manque de références lorsqu’il s’agit de perler d’harmonie. La plupart de nos institutions - armée, PC, etc. - gèrent et organisent les conséquences de la distorsion de la pensée humaine. Il est temps d’investir les moyens et l’énergie nécessaire pour remettre les choses à l’endroit.

Bien sûr, un tel projet provoquerait des résistances. Mais à moyen terme, il générerait surtout beaucoup d’intérêt et d’enthousiasme. Cette approche pourrait représenter un ferment important. Un projet suffisamment large et innovateur permettrait d’intégrer au sein d’une même dynamique des courants sociaux jusque là isolés ou en conflit. Des tendances "marginales" verraient leurs spécificités prendre de la valeur pour la collectivité et passeraient d’un mode anti-actif ou réactif à un mode proactif.

Ces propositions impliquent un assouplissement considérable des institutions et une ammorce de changement des mentalités. Les institutions doivent s’ouvrir à la vie, être au service des individus et non le contraire. La conscience des dirigeants doit changer, ou alors il faut changer de dirigeants. Nous n’avons pas besoin de chefs boy-scouts, mais de leaders visionnaires ! De toute façon, si ils ne changent pas d’eux-mêmes, la réalité les déblaiera tôt ou tard.

aujourd’hui, les événements se précipitent. Où que l’on porte le ragard, on voit que le système ne fonctionne plus. La survie de l’économie dépend de la foi timide de technocrates myopes à l’intelligence primaire, les institutions s’entêtent à défendre les valeurs responsables de notre débâcle, et ainsi de suite.

Le cauchemar a assez duré ! Il faut ouvrir les yeux. L’univers est un lieu sûr, la Terre nous offre vie, air, nourriture et beauté. Il est temps de mettre en place une politique de vie qui tranche avec le réflexe dominant de s’emprisonner dans les obligations et leurs peurs. C’esz un appel au bon sens et à la vie.

Ces concepts que j’ai partagés avec vous dans ces quelques pages me tiennent à coeur. Je souhaite vivement leur donner un large écho. J’espère vous avoir suffisamment intéressé(e) pour que vous contribuiez à leur diffusion.

Alain-Yan Mohr, novembre 1992

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