A propos du dépliant de la Société des Régisseurs de Genève.

depliantbig introLe dépliant de la Société des Régisseurs Genevois paru dans la Tribune illustre à merveille les dangers d’une communication distordue.
Selon ce dépliant, les régies font oeuvre d’utilité publique en redistribuant les loyers qu’on leur verse aux nombreux professionnels de l’immobilier : concierge, employé de régie, architecte, etc... Cette logique peut s’appliquer à n’importe quel domaine, et justifier n’importe quoi. Voyez plutôt :

“Toute une vie économique dans votre dépendance. Pour beaucoup, une injection d’héroïne constitue le comble de la déchéance, alors qu’en vérité, il s’agit du point de départ de toute une vie économique. Chaque gramme de drogue vendu fait vivre en coulisses tout un monde de professionnels : vendeurs de voiture, personnel hôtelier, compagnies aériennes, producteurs, policiers, juristes, hopitaux, banques, sans compter l’argent mis en circulation. Toutes ces personnes forment le véritable visage de votre dealer. Dans ce rôle, la drogue contribue au développement d’une économie créatrice d’emploi.”

Ce genre de “communication” fait du mal à tout le monde, régisseurs y-compris. Entre les lignes, le message est clair : “Les loyers genevois sont parmi les plus chers du monde, et la crise actuelle génère du mécontentement. Plutôt que de baisser les loyers, mettons en place une dérivation en rendant nos clients... partenaires d’un renouveau économique.”

Signalons simplement que des loyers plus modiques permettraient aussi une relance de l’économie : chaque foyer pourrait dépenser plus dans les commerces genevois.

Si les régies ont une vocation d’entreprise -une mission- ce dépliant démontre que la Société des Régisseurs Genevois n’en a pas conscience. C’est regrettable pour toutes les personnes sincères oeuvrant dans ces régies. Proposons une piste pour retrouver un esprit d’entreprise qui soit réellement au service de la population : la vocation d’une régie immobilière pourrait être de fournir à cette population des conditions d’habitation décentes, abordables et favorables à l’épanouissement humain.

Par exemple.

Courrier des lecteurs paru en 1993

Alain-Yan Mohr