En 1993, j'avais écrit un article suite à une émission de la TV Suisse sur le thème "Faut-il réglementer la fumée du tabac hors de la sphère privée?, ayant pressenti la montée de l'intégrisme scientifique. Quinze ans plus tard, en pleine crise du AH5N1, j'avais retouché cet article pour le courrier des lecteurs du Matin Dimanche. Aujourd'hui, il est temps de le remettre à la Une...

En 1993, j'avais écrit un article suite à une émission de la TV Suisse sur le thème "Faut-il réglementer la fumée du tabac hors de la sphère privée?, ayant pressenti la montée de l'intégrisme scientifique. Quinze ans plus tard, en pleine crise du AH5N1, j'avais retouché cet article pour le courrier des lecteurs du Matin Dimanche. Aujourd'hui, il est temps de le remettre à la Une...

L'article complet sur la gripe AH5N1

Grippe, hystérie et préservatif Intégral

grippebigQu'on se rassure ! Si les religions traditionnelles sont en perte de vitesse, les occasions de s'adonner à une foi aveugle sont plus nombreuses que jamais. Les nouveaux prêtres ont troqué la toque et la tiare contre la blouse blanche, la calculette et la seringue, ils invoquent aujourd'hui les statistiques plutôt que les écritures saintes, mais ont conservé le principe fondamental de l'ancien système : ils exigent une obéissance aveugle à leur crédo, cette fois au nom de la raison scientifique et de la santé publique.

"C'est scientifiquement prouvé". Cet argument massue balaie automatiquement toute opinion sortant du cadre officiellement reconnu, mesuré, réglementé et acceptable. Elevez une objection, vous vous retrouvez aussitôt inondé de statistiques. Insistez davantage et un groupe d'experts se réunira pour vous prouver la validité du dogme médico-scientifique.

Depuis quelques mois, les populations du monde sont atteintes par une nouvelle pandémie, pernicieusement appelée "prévention". L'ampleur de la propagation du virus est stupéfiante et son implantation parfaitement orchestrée. L'OMS et autres organisations internationales, les gouvernements, les grands groupes pharmas et les médias entonnent inlassablement le même refrain, comme une seule voix - démontrant ainsi que des actions concertées sur un plan planétaire sont tout à fait possibles.

La situation est préoccupante: une simple grippe a fini par créer autant d'hystérie que la menace d'une invasion extraterrestre, au point que même les plus fin esprits se laissent prendre au jeu de la surenchère. L'infection est si grave qu'on en oublie le véritable danger: les doses de peur préfabriquées inoculées aux populations minent systématiquement les défenses immunitaires psychiques des citoyens. A ce jour, il n'existe qu'un seul antidote à cette épidémie sournoise: s'interdire tout contact avec les médias, la bureaucratie et le corps médical. 

L'histoire se répète: la ferveur prosélyte s'intéresse aujourd'hui à la sécurité de nos corps plutôt qu'au salut de notre âme; on récite des chapelets de statistiques pour imposer une vision du monde et formater les besoins des consommateurs. Une nouvelle croisade est en marche pour sauver l'humanité de ces diables de virus - et pour réussir la transition d'une économie basée sur les pétrodollars à une économie fondée sur les pharmadollars. Un immense territoire reste à exploiter: le corps humain.

Mais alors, jusqu'où nos ayatollahs de la santé vont-ils donc aller ?

Soudain, dans un éclair d'intuition, le futur m'a été dévoilé et j'ai contemplé La Solution ultime, l'aboutissement de la conception actuelle de la prévention et de la santé :

Le préservatif intégral.

Le principe sera le même que le préservatif à pénis, mais il recouvrira le corps entier. Un filtre bucal permettra la respiration et l'alimentation par tube, et il sera possible d'y adapter des lentilles optiques à l'emplacement des yeux. La plante des pieds et les mains seront renforcées.

Le préservatif intégral donnera lieu à un exceptionnel renouveau dans la mode, avec des tailles, des coupes et des couleurs différentes. Pour couronner le tout, un modèle "accouchement" s'adaptera au modèle de la mère et, par un système de sas, propulsera immédiatement le nouveau-né dans sa petite enveloppe protectrice.

Toujours selon ma vision, l'arrivée sur le marché de cet instrument ultime de la prévention marquera le plein accomplissement de la science au service de la santé publique. Enfin, notre existence sera contenue dans des limites scientifiquement prouvées - et contrôlables.

Alain-Yan Mohr, 
Haute-Nendaz
Août 09

 

L'article (tronqué) sur la gripe AH5N1 paru dans le Matin du 9 août 2009

articlegrippe2009

 

La version originale de 1993

overallcondom2Qu'on se rassure ! Si les religions traditionnelles sont en perte de vitesse, les occasions de s'adonner à une foi aveugle sont plus nombreuses que jamais. Les nouveaux prêtres ont troqué la toque et la tiare contre la blouse blanche et la calculette, ils invoquent aujourd'hui les statistiques de la santé plutôt que les écritures saintes, mais ont conservé le principe fondamental de l'ancien système: ils exigent une obéissance totale à leur crédo, cette fois au nom de la raison scientifique.

"C'est scientifiquement prouvé". Cet argument massue balaie automatiquement toute opinion sortant du cadre officiellement reconnu, mesuré, réglementé et... acceptable. Elevez une objection, vous vous retrouvez aussitôt inondé de statistiques. Insistez davantage et un groupe d'experts se réunira pour vous prouver la validité du dogme scientifique.

L'autre soir, la Télévision Romande diffusait "Justice en marche" sur le thème "Faut-il réglementer la fumée du tabac hors de la sphère privée ?" La première chose que cette émission m'a appris, c'est que la fumée du tabac est probablement la cause première des statistiques. L'un des débataires, médecin (ou était-il statisticien ?), responsable d'une association pour la prévention du tabagisme, nous a littéralement suffoqué de statistiques, sans s'inquiéter de savoir si les chiffres incommodaient l'assistance. Pris de ferveur prosélyte, il a affirmé que le tabac tue une personne sur dix, donnant ainsi un exemple flagrant d'absence d'objectivité scientifique.

Avec une série de chiffres alignés dans le bon ordre pour corroborer une hypothèse, on entend nous faire changer de comportement, et on appelle ça de la prévention. Pour ma part, je considère cela comme une manifestation de la montée de l'intégrisme scientifique.

Cet aveuglement est d'autant plus regrettable que tout scientifique sait aujourd'hui que l'acte d'observer affecte le résultat de ce qui est observé. En termes simples, un chercheur finit toujours par trouver ce qu'il cherche. Mais alors, jusqu'où vont-ils donc aller ?

Soudain, dans un éclair d'intuition, le futur m'a été dévoilé et j'ai contemplé La Solution ultime, l'aboutissement de la conception actuelle de la prévention et de la santé :

Le préservatif intégral.

Le principe sera le même que le préservatif à pénis, mais il recouvrira le corps entier. Un filtre bucal permettra la respiration et l'alimentation par tube, et il sera possible d'y adapter des lentilles optiques à l'emplacement des yeux. La plante des pieds et les mains seront renforcées.

Le préservatif intégral donnera lieu à un exceptionnel renouveau dans la mode, avec des tailles, des coupes et des couleurs différentes. Pour couronner le tout, un modèle "accouchement" s'adaptera au modèle de la mère et, par un système de sas, propulsera immédiatement le nouveau-né dans sa petite enveloppe protectrice.

Toujours selon ma vision, l'arrivée sur le marché de cet instrument ultime de la prévention marquera le plein accomplissement de la science au service de la santé. Enfin, notre existence sera contenue dans des limites scientifiquement prouvées.

Alain-Yan Mohr, 1993