L’humanité hésite, figée: suspendue d’anxiété
Elle voit les idéologies qui dévorent la Terre
Le pouvoir obèse qui régit la misère
La beauté et le sens qui s’envolent en fumée

Des siècles de promesses et d’espoirs
De loyautés offertes, de vies gaspillées
Sur l’autel du salut, de la sécurité
S’évacuent en spirale au fond d’un entonnoir

Le connu s’effiloche, comme un trop vieux vêtement
Identités usées, comportements mités,
Relations vétustes, certitudes altérées,
Laissent l’être ébranlé, dans son habit d’Adam

Dévoilé, paniqué, submergé par la gêne,
L’Homme cache sa nudité derrière son arrogance
Il plaide son impuissance pour conjurer la chance
D’une nouvelle Lumière qui pénètre ses gènes

Désorienté, l’humain cherche ses repères,
Espère trouver un mur, une cage, un amarrage
Et découvre le vide qui remplace le mirage
Il tombe dans le néant, accroché à sa chair

La chute soudain s’arrête, au milieu de l’immense
Ammortie d’un filet aux proportions cosmiques
L’être rebondit et ses souvenirs rappliquent:
L’amour est la trame de toutes les existences

L’anxiété reflue, l’humanité respire,
Et reprend son mouvement vers un radieux futur
Partenaire du cosmos qui chaque instant murmure
Je t’offre tout ce à quoi tu aspires...

Si les temps à venir semblent faits d’incertitude
L’inconnu n’est pas néant autorisant la peur
Mais espace de partage, de rencontre des coeurs
C’est du vide que l’on puise et offre la plénitude.

Alain-Yan Mohr
Décembre 2002