Partout les gens ont peur, de Madrid à Denver
Ils défendent leurs valeurs, leurs jobs et leurs pudeurs
Ils s’ruinent en assurances pour retenir leur bohneur
Mais craignent de rencontrer quelqu’un dans l’ascenceur.

Mais c’qui leur fait l’plus peur, c’est la petite Trilulle 
Elle vit que pour maintenant, prend jamais une pilulle,
Elle sourit à tout l’monde, s’en fout du ridicule
Et traverse la vie comme une libellule

Trilulle la libellule, respire la plénitude
Chacune de ses cellulle vibre de gratitude

Tant de gens s’rendent malades à propos d’leur santé
Et même à l’agonie, refusent de s’écouter,
D’affronter pour une fois les saintes autorités
Pour finir dans un trou, morts d’imbécilité

Mais c’qui leur fait l’plus peur, c’est la petite Trilulle 
Rayonnante de santé, sans jamais mettre un pull,
Plus libre qu’un apache et plus fière qu’un consul
Elle croit pas à la mort, mais change de véhicule

Trilulle la libellule, respire la plénitude
Chacune de ses cellulle vibre de gratitude

Depuis des millénaires les Eglises légifèrent
Disant aux gens c’qui faut faire et pas faire, 
Bénissant l’esclavage, condamnant l’adultère,
Délivrant les visas pour l’Paradis sur Terre

Mais c’qui leur fait l’plus peur, c’est la petite Trilulle 
Qui emmerde le Pape et ceux qu’il manipule
Qui change d’amant chaque soir dans l’vestibule
Et connait mieux son Dieu à chaque partie de cul

Trilulle la libellule, respire la plénitude
Chacune de ses cellulle vibre de gratitude

Les gens continuent à créer leurs problèmes
En les trouvant sérieux, dignes d’être mis en scène
Sans réaliser que c’est ce qui les enchaîne
Et les fait replonger dans un cycle de haine.

Mais c’qui leur fait l’plus peur, c’est la petite Trilulle
Qui vit au jour le jour et s’en fout des calculs,
Aimant chacun, et même ceux qui l’enculent
Car elle voit l’unité, bien au delà d’la bulle

Trilulle la libellule, respire la plénitude
Chacune de ses cellulle vibre de gratitude                   

Alain-Yan Mohr
Août 1995